Les prouesses de Katherine Johnson
Elle calculait les angles et les vies humaines. À une époque où les ordinateurs se trompaient encore, Katherine Johnson a offert à la NASA la précision nécessaire pour envoyer l’homme dans l’espace, et le faire revenir vivant.
Une scientifique hors norme dans la course à l’espace
Dans les années 1960, le monde entier a les yeux tournés vers le ciel. La guerre froide fait rage, et les États-Unis affrontent l’Union soviétique dans une course effrénée : celle de la conquête spatiale.
Au cœur de cette bataille scientifique, dans les couloirs du centre de recherche de la NASA à Langley, une femme se distingue par son intelligence hors du commun : Katherine Johnson.
Entrée à la NASA (alors NACA) en 1953, elle rejoint le groupe des human computers, ces femmes chargées d’effectuer à la main des calculs complexes pour les ingénieurs.
Afro-Américaine dans une Amérique encore ségrégationniste, Katherine Johnson doit non seulement prouver son génie, mais aussi sa légitimité à exister dans un monde d’hommes blancs
Katherine Johnson écrivant des calculs complexes au tableau
Des calculs qui valaient une vie
Pendant les missions Mercury et Apollo, Katherine Johnson avait une responsabilité immense : s’assurer que les astronautes puissent partir et revenir en toute sécurité.
Katherine Johnson excellait dans la géométrie analytique et les équations différentielles, domaines indispensables pour déterminer les trajectoires de vol.
Ses calculs portaient sur les vitesses, les angles de lancement, les temps de rotation et les trajectoires elliptiques, autrement dit, tout ce qui permettait à un vaisseau d’atteindre sa cible sans se perdre dans l’espace.
À cette époque, les premiers ordinateurs électroniques étaient encore peu fiables.Lorsque John Glenn, le premier Américain à effectuer un vol orbital autour de la Terre, a appris que ses calculs provenaient d’un ordinateur IBM, il a refusé de décoller avant qu’ils ne soient vérifiés par Katherine elle-même.
”“Si elle dit que c’est bon, alors je monte.”
Ces mots, simples mais puissants, montrent la confiance et le respect que ses collègues lui portaient.
John Glenn devant la capsule Friendship 7
Apollo 11 : le calcul du siècle
Katherine Johnson a calculé à la main les trajectoires des capsules spatiales, les vitesses de rentrée atmosphérique, et même les fenêtres de lancement.
En 1969, Katherine Johnson travaille sur les calculs de trajectoire du vol Apollo 11, qui permettra à Neil Armstrong et Buzz Aldrin de fouler le sol lunaire.
Ses formules permettent notamment de prévoir le point de rentrée atmosphérique, crucial pour que le module revienne sur Terre sans se désintégrer.
Ces calculs, réalisés à la main, représentent des milliers d’équations résolues sur papier millimétré, sans marge d’erreur. Grâce à ce travail titanesque, les astronautes ont pu revenir sains et saufs : un exploit scientifique et humain.
Ses équations ont aussi permis de mettre en place les bases des programmes informatiques modernes. Beaucoup d’ingénieurs actuels considèrent encore ses travaux comme une référence.